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Vendredi 16 mai 2008


INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"

Entretien réalisé par David Martin (http://neoconservatisme.over-blog.com/) pour le blog drzz


Nom : Ivan Rioufol

CV : Journaliste, chroniqueur au Figaro /

Ses livres : La Fracture Identitaire (Fayard, 2008), La République des Faux Gentils (Le Rocher, 2004), Chronique d'une résistance Le Rocher, 2005), notamment /

Son action : bloc note hebdomadaire dans Le Figaro depuis 2002, créateur du seul blog libre émanant d'un grand journal en 2008, apparaît régulièrement dans On refait le monde (RTL) ou sur les chaînes d'infos permanentes comme BFM. /

Pourquoi Ivan Rioufol chez Drzz ? Parce  qu'il reste le seul journaliste français à comprendre la Révolution Néo-conservatrice. Parce qu'il ne méprise pas nos idées. Parce qu'il parle librement des sujets qui fâchent et qu'il ne mâche pas ses mots.

Parce que nous partageons les mêmes valeurs !



David Martin - Pourriez-vous nous résumer votre parcours professionnel ?

RIOUFOL
- J’ai débuté en 1976 dans la presse régionale, comme localier à Nantes, après avoir fait des études de droit et m’être préparé à être avocat. J’ai bifurqué vers le journalisme au tout dernier moment. Comme de nombreux provinciaux, je suis monté à Paris, en 1984, pour tenter ma chance et ai été embauché au Figaro en 1985. J’ai longtemps été rédacteur en chef des Informations générales, avant de devenir éditorialiste en 2000 puis de reprendre le bloc-notes, en 2002, à la mort de Max Clos qui en était le titulaire. Il avait lui-même relancé la formule inventée dans les années 50 par François Mauriac.

 David Martin - Vous êtes un des rares journalistes en France à comprendre, voire  même soutenir, la révolution néoconservatrice. Quand avez vous eu  l'impression que cette révolution allait changer pas mal de chose  dans le monde ? Vous considérez vous comme un néoconservateur ?

RIOUFOL
- J’ai du mal à me ranger sous des étiquettes et plus encore à me reconnaître dans des doctrines. Je suis libéral et pragmatique, et en cela je déteste les systèmes de pensées et les idéologies qui empêchent d’appréhender les réalités. Je n’ai jamais appartenu de près ou de loin à un parti ou à un réseau. Comme St Thomas, je crois ce que je vois, alors que les doctrinaires voient ce qu’ils croient. C’est ainsi que j’ai observé chez les gens, assez tôt,  un besoin d’en finir avec le relativisme, la perte des valeurs, la déculturation. J’ai constaté que ce phénomène s’apparentait au néoconvervatisme nord-américain apparu dans les années 80, le poids de la religion en moins concernant la France. Il se trouve que ce mouvement de fond, qui se confirme un peu partout en Europe, correspond aussi à mes aspirations. Disons que je veux bien être considéré, sinon comme un néoconservateur, du moins comme un conservateur de progrès, un libéral-conservateur.


David Martin - Vous avez souvent, dans vos écrits et dans vos livres (je pense  notamment à La République des Faux Gentils) vilipendé le  politiquement correct. Avez vous l'impression qu'il soit moins  présent dans les médias ? ou bien avez vous toujours cette  désagréable impression qu'au nom d'une certaine "pudeur", on écarte  les sujets les plus sensibles ?

RIOUFOL - Je pense que les médias ne font, majoritairement, pas correctement leur travail d’information, et c’est pour cela qu’ils sont de plus en plus déconsidérés. Alors que la société vit de considérables bouleversements sociologiques, culturels, identitaires, sociaux, économiques, qui mériteraient d’être décrits , décortiqués, analysés, soumis à la critique et au débat, je me rends compte (et les lecteurs le ressentent forcément)  que les " investigateurs ", qui font trembler les hommes politiques en soulevant des affaires foireuses de faux listings ou de financements occultes de partis qui se terminent généralement en eau de boudin, se gardent "d’investiguer " sur les réalités qui dérangent. L’islamisation des cités françaises, par exemple, dont s’alarme l’écrivain algérien Boualem Sansal dans son dernier livre (Le village de l’Allemand, Gallimard), se fait dans une incroyable indifférence médiatique. J’ai écrit récemment un livre, publié chez Fayard, pour mettre en garde contre " la fracture identitaire " qui est en train de couper la France en deux : pratiquement aucun média écrit n’en a parlé, ne serait-ce que pour le contredire. La meilleure des censures reste la loi du silence. Aussi est-ce avec sidération que les Français découvrent à quel point leur pays a changé en vingt ou trente ans. Ils ont le sentiment, qui n’est pas faux, d’avoir été bernés et pris pour des imbéciles.

David Martin - Vous avez porté un regard inédit sur la guerre en Irak, en étant  l'une des rares personnes à chercher à la comprendre au lieu de la  condamner sans vraiment y réfléchir. Que pensez vous de ce conflit  aujourd'hui , de la façon dont il a modifié le Moyen Orient ?

RIOUFOL
- J’ai été profondément choqué par les attentats du 11 septembre, et par les discours d’excuses de nombreux européens s’empressant, par la suite, d’expliquer le terrorisme islamique par l’humiliation que l’Occident, et singulièrement les Etats-Unis et Israël, auraient fait subir au monde musulman. J’ai trouvé ces attitudes abjectes. Si le monde musulman a pris beaucoup de retard au cours des derniers siècles, il  en est le premier responsable. Ma solidarité a donc été immédiate avec les Etats-Unis, malgré les réticences que m’inspirait, que m’inspire toujours, la vulgarité de leur culture commerciale, ce Monde de Disney qui n’est pas le mien. J’ai adhéré à l’objectif de George Bush consistant à traquer le nihilisme islamique et à aider les musulmans à se débarrasser de leurs tyrans. Je n’ai jamais trouvé indignes ces buts de guerre, bien au contraire. C’est pourquoi j’ai soutenu la guerre contre Saddam Hussein. J’ai en revanche déploré par la suite la succession d’erreurs commises par les Américains, et notamment les attitudes impardonnables des militaires face à leurs prisonniers, dans la prison d’Abou Graïb . Quant au bilan, s’il n’est certes pas glorieux pour l’instant, il ne me parait pas si négatif que les médias le disent. Bush, en désignant " l’islamo-fascisme" comme l’adversaire des démocraties, a éveillé bien des consciences, notamment chez les musulmans modérés qui peuvent se sentir moins seuls. Il a accéléré la fracture au coeur même du monde musulman entre les archaïques et les modernistes. Il a affaibli, quoi qu’on en dise, al Qaïda. Bush a donné un bon exemple de résistance face au totalitarisme islamique. Israël étant évidemment la référence en ce domaine.


David Martin - Israël fête ses 60 ans cette année. Vous avez souvent défendu ce  pays dans vos bloc notes. Pensez vous qu'Israël pourra fêter ses 70  ans ? La France n'est-elle pas assez aux côtés de l'Etat Hébreu ? Ne  trouvez vous pas qu'un antisémitisme rampant se développe encore et  toujours en France ?


RIOUFOL - J’ai une grande admiration pour Israël, pour son dynamisme, pour son courage. Si Israël devait disparaître, c’est l’ensemble des démocraties occidentales, et plus particulièrement européennes, qui seraient mises en danger par le nazislamisme victorieux. Nos sorts sont liés, nous sommes dans le même camp : celui du monde libre, dans lequel les musulmans ont toute leur place s’ils en acceptent les règles, face à l’obscurantisme conquérant des islamistes radicaux. C’est pourquoi la France ne sera jamais assez à côté de l’Etat hébreu menacé dans son existence, même si ce soutien  ne doit pas empêcher la critique, évidemment.  Il me semble que Sarkozy est acquis à cette vision, que ne partageait pas Jacques Chirac. Il reste à convaincre l’opinion française, dont une partie reste réceptive aux arguments faisant d’Israël la cause centrale de l’instabilité du monde, ce qui relève de la propagande. Ces critiques du sionisme, soutenues de l’extrême gauche à l’extrême droite, cachent mal un antisémitisme à peine enfoui.

 David Martin - Que répondez vous à vos détracteurs qui vous traitent (en vrac)  d'islamophobe, de passéiste ou de "facho" ? N'avez vous pas parfois  envie d'émigrer vers des pays plus cléments comme les USA ?

RIOUFOL - Je ne réponds pas. J’aime bien cette phrase de Sénèque, je crois : " Tout me touche, rien ne m’atteint ". Ces accusations staliniennes et sectaires en disent beaucoup sur ceux qui les portent. Si décrire les réalités et appeler un chat un chat, c’est être réac, alors je veux bien être réac. Je suis réactif, à coup sûr ! Je suis un observateur engagé. Pour le reste, je déteste les extrémismes, je combats le front national comme l’extrême gauche. Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent de moi, je n’écris pas pour plaire, même si je suis content de savoir que de nombreux lecteurs se reconnaissent dans ce que je dis et décrits. Emigrer ? J’adore trop la France, même si elle me déçoit parfois. Mais je garde encore beaucoup d’espoirs. Je crois au réveil des Français. Mon combat est ici.


 David Martin - Pensez vous comme Daniel Pipes que l'on doit faire la différence  entre l'Islam et l'Islamisme (c'est ma conviction) , que cette  religion peut se réformer et extirper ses éléments les plus  extrémistes ? Croyez vous que, comme le pense Guy Millière, cette  tendance radicale perdrait du terrain ?

RIOUFOL - Cette différence est, à mes yeux, essentielle, mais j’entends bien les arguments de ceux qui démontrent le continuum entre l’islam et l’islamisme. Disons que je fais la différence entre l’islam et le musulman, c’est-à-dire la doctrine et son usage. Il y a déjà beaucoup de musulmans qui vivent leur religion dans leur intimité, en se pliant aux règles de la laïcité. C’est eux qu’il faut encourager, et non pas Tariq Ramadan qui prône une réislamisation de sa communauté. Qui gagnera, des modérés et des extrémistes ? Je vois ces derniers se comporter en maîtres du Liban. Je les vois progresser aussi dans les cités françaises. C’est aux musulmans modérés d’être le rempart. Mais ceux-là, je ne les entends pas assez en France. En Turquie, où ils sont au pouvoir, je constate que leurs discours sont dénoncés par la justice comme dissimulant une volonté de réislamiser la société laïque. Disons que nous sommes à la croisée des chemins. Mais une victoire des extrémistes au Proche-Orient sera une victoire des extrémistes en Europe.


David Martin - Quel regard portez-vous sur les  élections en cours aux USA ? N'avez vous pas l'impression que  l'opinion française affiche sans vergogne son obsession anti- américaine pour reprendre l'expression de Revel ?

RIOUFOL - La campagne électorale est tout à fait passionnante, et je reconnais que la personnalité de Barack Obama est plus intéressante que celle d’Hilary Clinton, Obama représentant par son propre métissage le symbole de ce que pourrait être l’avenir des civilisations, selon les utopies de certains. Sa propre success story en fait également un parfait représentant du rêve américain. Pour autant, je tiens son discours pour dangereux, singulièrement en politique internationale. Même s’il a rompu avec le pasteur Wright, ses relations passées avec le gauchisme trahissent une faiblesse dans la manière d’aborder la menace islamiste au Proche Orient et de défendre les Etats-Unis. Je ne le souhaite pas comme président, même si je vois bien que les médias français, qui s’étaient pareillement emballés pour Michael Moore et ses critiques du système américain, l’ont déjà élu. Pour ma part, cela fait longtemps que j’ai parié McCain, qui est tenu comme inexistant dans les journaux français.

David Martin - Pour vous, quelle menace pèse le plus sur le monde : l'Iran, les  mouvements islamistes type Hamas ou Hezbollah, la nébuleuse Al Quaïda ?

RIOUFOL - L’Iran est incontestablement la puissance déstabilisatrice et potentiellement apocalyptique. Elle a ses alliées avec la Syrie et le Hezbollah qui est devenu son bras armé au Liban. A l’heure où l’on parle, le Hezbollah a confirmé qu’il était le vrai maître de ce petit pays, qui pourrait être entraîné malgré lui dans une nouvelle guerre contre Israël. Même si le Hamas est sunnite et le Hezbollah chiite, ces deux formations terroristes ont déjà collaboré ensemble lors de la dernière guerre de 2006.

David Martin - Ne pensez vous pas que l'on en fait trop avec Chavez et qu'au  contraire, on ne soutient pas assez Uribe ?

RIOUFOL
- La France s’est embarquée, avec l’affaire Betancourt, dans une négociation qui la dépasse et où elle se fait visiblement instrumentaliser par Chavez et sa révolution bolivarienne. Dans cette affaire politique et familiale complexe, où tous les éléments ne sont pas dits, la France devrait faire davantage confiance à Uribe, qui représente la démocratie.

David Martin - Il y a un an , 53% des Français envoyaient Nicolas Sarkozy à  l'Elysée . N'avez vous pas l'impression qu'au delà de certaines  erreurs de sa part, une bonne partie de la presse a fabriqué le  "désamour" entre lui et les Français ?

RIOUFOL - Sarkozy a largement contribué à ce désamour, en s’égarant notamment dans une politique d’ouverture qui a contribué à embrouiller et ralentir les réformes alors que les électeurs attendaient une rupture et une politique de droite. Mais il est incontestable que la presse s’est elle-même prise pour l’opposition, alors qu’elle n’en a ni le mandat ni la légitimité. Ce faisant, elle joue un jeu dangereux, qui la fait apparaître pour ce qu’elle est: une presse largement acquise aux idées de gauche. Le problème, c’est que la société est largement acquise désormais aux idées de droite. Il y a donc là une contradiction qui ne joue pas en faveur des médias.


 David Martin -  Votre blog est l'un des rares espaces de liberté dans un grand  média français. Que pensez vous de ce phénomène "blog", que chacun  puisse exprimer ces idées sans passer par le filtre d'une censure ?

RIOUFOL - Je crois aux débats d’idées, aux confrontations civilisées. C’est pour cela qu’après le feu vert de ma direction j’ai lancé ce blog sur le site du Figaro, en choisissant dès le départ de ne faire aucune censure à priori. Le succès a été très rapide et les contributions sont, très souvent, d’une remarquable qualité. Je n’enlève qu’environ 1% des commentaires publiés, soit parce qu’ils sont grossiers ou injurieux. Ce qui est devenu un véritable forum, où tous les sujets les plus délicats sont abordés, est un bel exercice démocratique qui démontre qu’il ne faut pas craindre la libre parole des lecteurs, qui sont généralement très lucides et avisés.

David Martin - Un grand merci pour ces propos et pour votre disponibilité Mr Rioufol !

par David Martin publié dans : Interviews
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Mardi 13 mai 2008


 


Le blog drzz
- Réinformez-vous ! -


Le célèbre chroniqueur du Figaro et le journaliste le plus libre de France a répondu à notre rédacteur David Martin.

Une interview exclusive et décapante, publiée cette semaine sur le blog drzz ! Ne la manquez pas !

Extrait : 


"Je pense que les médias ne font, majoritairement, pas correctement leur travail d’information, et c’est pour cela qu’ils sont de plus en plus déconsidérés. Alors que la société vit de considérables bouleversements sociologiques, culturels, identitaires, sociaux, économiques, qui mériteraient d’être décrits , décortiqués, analysés, soumis à la critique et au débat, je me rends compte (et les lecteurs le ressentent forcément)  que les investigateurs, qui font trembler les hommes politiques en soulevant des affaires foireuses de faux listings ou de financements occultes de partis qui se terminent généralement en eau de boudin, se gardent d’investiguer sur les réalités qui dérangent. L’islamisation des cités françaises, par exemple, dont s’alarme l’écrivain algérien Boualem Sansal dans son dernier livre (Le village de l’Allemand, Gallimard), se fait dans une incroyable indifférence médiatique. J’ai écrit récemment un livre, publié chez Fayard, pour mettre en garde contre la fracture identitaire qui est en train de couper la France en deux : pratiquement aucun média écrit n’en a parlé, ne serait-ce que pour le contredire. La meilleure des censures reste la loi du silence. Aussi est-ce avec sidération que les Français découvrent à quel point leur pays a changé en vingt ou trente ans. Ils ont le sentiment, qui n’est pas faux, d’avoir été bernés et pris pour des imbéciles."

 

par drzz publié dans : Interviews
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Lundi 28 avril 2008

 

 

INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"



Nom :

 

  
Daniel PIPES

CV

Universitaire
américain de renommée internationale / 

Docteur en histoire de l'Université de Harvard /

M. Pipes est 84e sur la liste des cent diplômés de Harvard les plus influents du monde / 

Il a travaillé pour quatre campagnes présidentielle, son dernier rôle ayant été conseiller du candidat  Rudy Giuliani en 2007-2008 /

Fondateur et directeur du Middle East Forum et du Middle East Quarterly /

Nommé à l'US Institute of Peace par le Président George W. Bush en 2005

Les écrits de M. Pipes apparaissent dans le New York Sun, Atlantic Monthly, Commentary, Foreign Affairs, Harper's, National Review, New Republic, Time, The Weekly Standard, Angeles Times, New York Times, Wall Street Journal, and Washington Post, Corriere della Sera, The Daily Telegraph, Le Figaro, Neue Zürcher Zeitung, The Sydney Morning Herald, Die Welt...

Il apparaît régulièrement sur toutes les grandes chaînes télévisées américaines et mondiales. En outre, M. Pipes a été personnellement invité par Al-Qaeda à se convertir à l'islam, a été reconnu comme un "Orientaliste" par Edward Saïd et a été décrit par le Wall Street Journal comme "une autorité sur le Moyen Orient".   

Daniel Pipes est l'auteur de douze livres, dont l'un est aujourd'hui traduit en français : "L'islam radical à la conquête de l'Occident" (Cheminement, collection Turgot, 2008).



 


DRZZ : Le Président Bush cèdera sa place en janvier 2009. Quels ont été pour vous ses plus grandes réussites – et échecs ?

 

PIPES : Je suis un supporter du Président et ne lui souhaite que du bien. Néanmoins, en ce qui concerne le Moyen Orient et l’islam, j’en ai conclu que sa politique avait été un échec. Je parle ici de quatre dossiers en particulier, l’islam radical, la guerre préventive, le conflit israélo-palestinien et la promotion de la démocratie.

 

DRZZ : Vous avez été conseiller du candidat à la présidentielles Rudy Giuliani. Pensez-vous que John McCain partage la vision de Giuliani sur l’islam radical ?

 

PIPES : Oui, absolument. John McCain a été très clair sur ce sujet, décrivant l’extrémisme de l’islam radical comme « le défi fondamental du XXIème siècle ».

 

DRZZ : Quelle est votre opinion sur Barack Obama ?

 

PIPES :  C’est le premier candidat d’extrême-gauche du parti démocrate à briguer la présidence des Etats-Unis depuis George McGovern, en 1972. Si Obama est nominé, je m’attends à ce que son échec soit moins sévère que celui de McGovern (qui n’avait gagné que 17 des 537 délégués) mais il échouera de toute manière, et très largement.

 

DRZZ : Le professeur Guy Millière a écrit que l’islam radical perdait du terrain. Partagez-vous cet optimisme ?

 

PIPES : Non, je le vois au contraire s’étendre de manière plus sophistiquée et plus dangereuse. Recep Tyyip Erdogan m’inquiète bien plus que l’ayatollah Khomeini à l’époque.

 

DRZZ : Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sutlan et Bat Ye’or estiment que la différence entre « islam » et « islamisme » n’est qu’un vœu pieux. Comment argumentez-vous contre cette vision ?

 

PIPES : De plusieurs manière, mais plus simplement parce que lorsque j’ai commencé à étudier ce sujet, à la fin des années 60, l’islam radical n’existait pratiquement pas. C’est un phénomène historique qui s’est développé ces dernières décennies. Il y a toutes les raisons de penser qu’il s'éteindra bientôt.

 

DRZZ : Un parti conservateur suisse propose l’interdiction des minarets quand Geert Wilders appelle les musulmans à retrancher du Coran ses passages les plus violents. L’Occident est visiblement divisé sur la question de l’islam. Que proposeriez-vous ?

 

PIPES :  Je ne pense pas que les minarets soient un problème, et les musulmans ne peuvent pas retrancher certains versets du Coran. Mais ils sont en mesure de réinterpréter le Coran en entier, ses versets agressifs en particulier.

 

DRZZ : Qu’est-ce qu’un « islam démocratique » selon vous ?

 

PIPES :  Les musulmans peuvent développer la démocratie, mais seulement après avoir remis en question leur compréhension de la religion islamique.

 

DRZZ : Vous considérez-vous comme un néoconservateur ?

 

PIPES :  Je ne suis pas sûr d’être un néoconservateur. Quelques-uns de mes plus vieux amis et alliés sont appelés « néoconservateurs » mais je ne suis pas d’accord avec eux sur des thèmes comme l’Irak , le conflit israélo-palestinien et la promotion de la démocratie.

 

DRZZ : Israël fête son 60e anniversaire. Quels sont ses défis pour le futur ?

 

PIPES : Israël se bat contre un péril  protéiforme qui inclut toutes les dangers imaginables : armes de destruction massive, attaques conventionnelles, terrorisme, blocus économique, assaut démographique et idéologique. Aucun autre Etat n’a fait face un tel éventail de menaces dans l’histoire. 

 

DRZZ : Que devrait faire l’Occident contre l’Iran d’Ahmadinejad ?

 

PIPES :  Lui faire bien comprendre que l’acquisition de l’arme nucléaire est inacceptable, tout en espérant que l’establishment iranien stoppera ce programme de lui-même. Sinon, le stopper à sa place.

 

DRZZ : Comment voyez-vous le futur de l’Europe ?

 
PIPES :  Morne. Je vois deux options : « Eurabia » (soit la domination musulmane) ou la guerre civile prolongée.

 

DRZZ : Quels sont vos prochains projets ?

 

PIPES :  La création de l' « Islamist Watch », le nouveau projet du Middle East Forum pour combattre l’islamisme légal, celui qui agit dans le système.

 

DRZZ : Vous publiez votre premier ouvrage en français intitulé « L’islam radical à la conquête du monde » (Cheminement, 2008). Quel message voulez-vous adresser à vos lecteurs francophones ?

 

PIPES :  J’espère ajouter mon travail aux analyses déjà excellentes qui existent en français sur la menace que fait peser l’islam radical sur la civilisation occidentale.

 

 

par drzz publié dans : Interviews
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Mercredi 23 avril 2008

 


INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"





Nom :
 

BAT YE'OR (pseudonyme)





CV

Historienne britannique d'origine juive de renommée internationale / 

Universitaire en archéologie (Londres) et sciences sociales (Genève) /

Conférencière en Europe, aux Etats-Unis et en Israël /

Elle a signé de très nombreux article, notamment dans la National Review, l'Observatoire du Monde juif, Midstream,  Nativ, The Jerusalem Quarterly, Frontpagemag, Les Temps Modernes, Les Cahiers de l'Orient, Commentaire...

Bat Ye'or a été entendue devant le Congrès américain (le Senate Foreign Relations Committee et le  U.S. Congressional Human Rights Caucus ) lors de différents colloques consacrés à l'islamisme en 1997 et 2002.


Ses derniers livres

-  Eurabia: The Euro-Arab Axis. Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2005. 384 p. /  Traduit en français sous le titre Eurabia : L'axe Euro-Arabe. Jean-Cyrille Godefroy, 23 février 2006.

- Islam and Dhimmitude: Where Civilizations Collide, Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2001.

- Les chrétientés d'Orient entre jihâd et dhimmitude : VIIe-XXe siècle
(avec une préface de Jacques Ellul). Éditions du Cerf, collection « L'histoire à vif », Paris, 1991. 529 p. / Traduit en anglais, sous le titre (en) The decline of Eastern Christianity under Islam : from Jihad to dhimmitude : seventh to twentieth century (avec la préface de Jacques Ellul) par Miriam Kochan et David Littman. Fairleigh Dickinson university press, Madison (New Jersey), 1996. 522 p. / Traduit du français en allemand, sous le titre Der Niedergang des orientalischen Christentums unter dem Islam. Zwischen Dschihad und Dhimmitude. 7-20 Jahrhundert, par Kurt Maier, avec une préface de Heribert Busse et sous sa direction. Resch Verlag, Gräfelfing (Allemagne), 2002.

- Juifs et chrétiens sous l'islam : les dhimmis face au défi intégriste. Berg International, collection « Pensée politique et sciences sociales », Paris, 1994. 420 p./ Réédition sous le précédent titre et avec les même format et pagination. Berg International, collection « Pensée politique et sciences sociales », Paris, 2004. 420 p. / Traduit en anglais, dans une édition revue et augmentée, sous le titre The Dhimmi: Jews and Christians under Islam, par David Maisel, Paul Fenton et David Littman, avec une préface en français de Jacques Ellul. Fairleigh Dickinson University Press et Associated University Presses, Cranbury (New Jersey) et AUP, Londres, 1985. Plusieurs fois réédité. / Traduit en hébreu, à partir de la version anglaise, sous le titre (romanisé) Ha-Dhimmim. B'nai Ha-Sout, par Aharon Amir. Cana Press [Kanah], Jérusalem, 1986. 399 p./ Traduit en russe, à partir de la version anglaise, sous un titre non connu, en 2 volumes publiés par la Society for Research on Jewish Communities et l'Aliya Library, Jérusalem, 1991.

- Le Dhimmi : profil de l'opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe (textes réunis et présentés par Bat Ye'or). Éditions Anthropos, Paris, 1980. 335 p.

- Les Juifs en Égypte. Éditions de l'Avenir, Genève, 1971. / Traduit en hébreu, dans une édition revue et augmentée, sous le titre (romanisé) Yehudi Mitzraiyim, par Aharon Amir, avec une préface de H.Z. Hirschberg. Maariv, Tel Aviv, 1974. Publié avec le concours du ministère israélien de l'Éducation, de l'Organisation sépharade mondiale et du Congrès Juif mondial.



DRZZ : Bat Ye'or, votre livre a eu une grande influence sur le débat de l'islam, autant en Europe aux Etats-Unis. Voyez-vous une prise de conscience du problème de "l'Eurabia" chez les élites européennes ?
 
BAT YE'OR : Il y a eu certainement chez les responsables politiques la réalisation d’un ras-le-bol des peuples européens et le sentiment que les invectives de racisme et de xénophobie dont on les abreuvait se craquelaient. Mais ce résultat provient d’un ensemble de facteurs parmi lesquels le pouvoir médiatique d’internet qui contourne la censure de la presse officielle. Mon livre qui fut accueilli par le silence, le rejet et le boycott officiel des grands médias, explosa sur internet. Le Point à Paris publia même à deux reprises des attaques virulentes contre moi. J’ai dû recourir à un avocat pour obtenir le droit de réponse autorisé par
la loi. Ceci provoqua aussitôt la publication d’une réaction acrimonieuse et totalement erronée. Mon avocat me persuada d’y répondre une fois encore, ce qui me valut une condamnation par le tribunal au paiement d’un dédommagement au journal. Ceci parce que je me défendais contre des allégations personnelles purement fictives.

Le mensuel La vie des idées (Mai 2006, n° 12) édité par La République des Idées publia un article sur mes «élucubrations», tout en s’excusant auprès de ses lecteurs de faire figurer mon nom dans les pages de cette revue de haute volée intellectuelle et éthique. D’autres attaques mesquines de nature personnelle et sans aucun fondement me furent lancées par des journalistes peu informés du New York Times  et un ou deux autres journaux américains. Mon travail fut pillé et mon nom dissimulé par omission délibérée. Mais tout cela est de bonne guerre et constitue le débat d’idées des démocraties. Par contre l’Italie, où le mot liberté a encore un sens, se montra beaucoup plus réceptive. Des politiciens et des journalistes influents me firent connaître. En Allemagne je n’ai trouvé aucun éditeur et le livre fait l’objet d’une réprobation scandalisée. Mes thèses sont mieux acceptées en Hollande où le livre fut publié et au Danemark parmi ceux qui soutiennent le journaliste Flemming Rose et la liberté d’expression

Comme je n’ai pas de contact avec « les élites européennes », j’ignore si elles ont lu mon livre. En fait je n’ai fait qu’analyser, comme c’est le devoir d’un écrivain, le malaise diffus des Européens. J’ai tenté d’en décrire les sources, les causes et les modalités. Ceci a peut-être contribué à la prise de conscience d’une mutation sociale et civilisationnelle déjà bien avancée à l’échelle d’un continent. Les problèmes sociaux qui semblaient fortuits et sans liens apparents, apparaissaient soudain dans une trame structurelle stratégique avec son idéologie et ses objectifs économique et politiques exécutés par des cohortes d’agents et de réseaux.

Mes critiques de l’antisémitisme culturel et politique européen s’ajoutaient à celles de beaucoup d’autres intellectuels et aux nombreuses conférences internationales sur ce sujet dans les années 2004-05. Ceci fit beaucoup de bruit aux Etats-Unis où même Bush en parla. Les dirigeants européens qui orchestraient la diffamation d’Israël et niaient l’antisémitisme chez eux en furent humiliés et l’en détestèrent davantage. Avec le départ de Chris Patten et de Romano Prodi de la Commission européenne, la violence diffamatoire contre Israël se résorba quelque peu. Les dérives racistes de l’anti-américanisme et de l’antisionisme d’Eurabia furent corrigées par Angela Merkel. En France Nicolas Sarkozy déclara vouloir rompre avec «la politique arabe» autrement dit alignée sur celle du bloc arabe, ce qui n’était guère un secret. C’était aussi une reconnaissance officielle indirecte de mes thèses. De son côté le ministre italien des Affaires étrangères sous le gouvernement de Berlusconi, Gianfranco Fini, reconnut la partialité démesurée de l’Europe pour les Palestiniens et cette attitude fut adoptée par d’autres leaders européens.

Beaucoup d’Européens se désolidarisèrent de la politique d’Eurabia; ils comprenaient que la menace jihadiste concernait l’Europe autant qu’Israël. De plus les Européens dans leur large majorité ne sont pas antisémites. La pression antisémite actuelle provient de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et de ses nombreuses composantes qui agissent par Européens interposés. Il faut distinguer la culture antisémite qui est imposée et diffusée par les «élites européennes» politiques contrôlant par les réseaux eurabiens, les universités, les medias, les publications et la culture – et les populations européennes victimes de cette politique. Nous revivons les années 1930s. La guerre contre Israël est une guerre contre la civilisation. Elle meut contre un peuple minuscule de quelques millions, des forces planétaires et des alliances monstrueuses comme celles de l’OCI et de l’Europe dont Eurabia est le fruit. 



DRZZ :
Daniel Pipes voit dans la polémique sur "Fitna" un sursaut des Européens et un retour aux fondements de leur civilisation judéo-chrétienne. Partagez-vous son optimisme ?

BAT YE'OR : L’affaire des caricatures, l’article du professeur Redeker comme ceux de Guy Millière et le combat d’autres intellectuels s’inscrivent dans la résistance pour défendre les droits démocratiques de nos sociétés fondées sur les valeurs judéo-chrétiennes. Ce combat n’est pas nouveau, il s’est déjà manifesté au cours de l’histoire sous des formes différentes bien sûr et avec des fortunes diverses. Il a suscité la résistance à l’islamisation de sociétés conquises par le jihad en Asie, en Afrique et en Europe, la lutte contre les totalitarismes modernes, le nazisme, le communisme, le fascisme. Ce sont des combats à la fois militaires et idéologiques couvrant des décennies avec des avancées et des reculs et dont l’issue est difficilement prévisible. C’est pourquoi je ne partage pas l’optimisme de Daniel Pipes. Dans le contexte moderne il ne s’agit pas seulement des « Européens ». On doit aussi considérer la dislocation des institutions des Etat-nations européens et leur remplacement par une entité transnationale, l’UE, l’asservissement européen aux flux de l’énergie et de la puissance monétaire pétrolière, l’implantation en Europe des lois de la chari’a concernant les femmes, les apostats, le blasphème et enfin la conjugaison du terrorisme extérieur et indigène. C’est dans ce contexte à la fois idéologique, institutionnel et économique que les sociétés européennes piégées par le multiculturalisme et en phase transitoire d’euro-islamisme démographique, devront réagir.

  

  
DRZZ : Quelle est votre opinion sur les voix critiques de l'islam, particulièrement celles de Geert Wilders, Ayaan Hirsi Ali et Wafa Sultan ?


BAT YE'OR : Geert Wilders a fait preuve d’un courage remarquable bien que je ne me prononcerai pas sur sa politique car je ne la connais pas. Il a en effet tenu tête aux pressions énormes du monde musulman et à celles de son gouvernement. Il a ainsi démontré à lui seul qu’il suffit de résister et d’être ferme dans ses convictions pour faire reculer les menaces et que la politique de concessions permanentes de l’Europe menait à la déconfiture et à la honte.  

Ayaan Hirsi Ali est une femme qui mène un combat courageux, elle connaît bien le dossier des femmes et se bat là-dessus. Wafa Sultan est une femme extraordinaire pour laquelle j’ai une admiration et une sympathie sans bornes. Elle se bat comme un lion sans avoir peur de rien et connaît bien semble-t-il la chari’a, elle répond vertement à ses contradicteurs sans s’embarrasser de politesses. Ces hommes et ces femmes témoignent d’un courage qui fait d’autant plus ressortir la lâcheté de nos politiciens et de nos médias.   


DRZZ : Comment les gens réagissent-ils à vos conférences ?


BAT YE'OR : En général de façon très positive, mais il y a aussi des éléments hostiles. Il est vrai qu’en général je parle à des gens qui ont lu et apprécié mes livres. Les autres me boycottent et je ne les recherche pas car en vérité, tout le monde connait cette situation. Ceux qui la nient le font par choix et de façon délibérée et non par ignorance. Je ne les ferais pas changer d’avis, tout comme les nazis et les stalinistes gardèrent leurs convictions devant les fours crématoires et les goulags. Il s’agit ici de perversités criminogènes pathologiques. Les gens qui manœuvrent pour la disparition de l’Etat d’Israël sont des génocidaires en puissance. 


Je situe le sujet d’Eurabia dans un contexte historique qui peut être difficilement contesté: l’extension planétaire au cours d’un millénaire de deux institutions corrélées qui se renforcent mutuellement, le jihad et
la dhimmitude. Après 20 ans de démentis véhéments, la dhimmitude est aujourd’hui généralement reconnue. Les Eglises d’Orient, surtout iraquiennes et palestiniennes, qui s’ingéniaient à s’inventer un âge d’or avant l’Etat d’Israël, et approuvaient le terrorisme jihadique contre Israël, sont aujourd’hui pourchassées par ce même jihad et contraintes de se plier aux lois millénaires de la chari’a qu’elles nièrent et qui font fuir leurs fidèles. Les persécutions contre les chrétiens d’Irak sont motivées par la même idéologie haineuse qui s’acharne à détruire Israël.


 
DRZZ : Certains pensent que la fureur eurabienne est encore latente, et qu'un retour isolationniste des Américains, par exemple s'ils élisaient Barack Obama, pourrait jeter de l'huile sur les braises qui couvent. Le pensez-vous également ?


BAT YE'OR : Eurabia est toujours là, autour de nous, avec nous, dans les lois, les institutions, les politiques occultes, les réseaux opaques qui nous enveloppent, les médias qui censurent et désinforment, les hiérarchies universitaires qui imposent leurs directives et finalement, toujours aux commandes ceux qui ont créé Eurabia. Les Européens ne se rendent pas compte de l’ampleur de la toile eurabienne qui touche tous les secteurs: politique, économique, culturel, religieux, médiatique, universitaire, tissé depuis quarante ans. 


Je crois que Barack Obama ne fera pas une politique isolationniste mais plutôt une politique tiers-mondiste, multilatérale et multiculturelle semblable à celle d’Eurabia et qu’il engagera l’Amérique dans ce même processus de fausse paix obtenue par des concessions et des reniements.

 
DRZZ : Israël est aujourd'hui en difficulté. Comment pourrait-il retrouver le soutien de l'Europe ?


BAT YE'OR : C’est Eurabia qui détruit Israël par le financement d’ONG palestiniennes, européennes et israéliennes antisionistes et par son soutien à une cause palestinienne inexistante avant 1969 et qu’elle a créée pour combattre et supplanter Israël. Ces ONG promeuvent et stimulent en Israël même un processus de pourrissement intérieur semblable à celui de l’Europe.


Eurabia est fidèle à elle-même: elle ne réclame d’Israël que ce qu’elle s’impose à elle-même, c’est-à-dire l’ouverture des frontières, le renoncement à l’auto-défense, l’auto-culpabilité pour justifier sa reddition et finalement sa disparition par auto-reniement. Cette politique commune pour l’Europe et Israël résulte de l’idéologie jihadiste qui applique une même stratégie à ces deux entités. Pour que l’Europe soutienne Israël, il faudrait d’abord qu’elle puisse s’aider elle-même et qu’elle retrouve l’indépendance et l’autonomie qu’elle a perdues par couardise. Il faudrait surtout qu’elle cesse de confondre le crime et l’innocence, l’agresseur et la victime, le droit imprescriptible d’Israël de vivre et le droit imprescriptible du jihad de tuer. L’Europe s’est intellectuellement empoisonnée en s’inventant des fausses symétries entre Israël qui existe depuis trois mille ans dans son pays et les forces jihadistes planétaires de destruction et d’apartheid religieux.


 
DRZZ : Nicolas Sarkozy a envoyé un millier d'hommes supplémentaires en Afghanistan. L'Europe maîtrise-t-elle encore sa politique étrangère ou est-elle, sans se l'avouer, déjà prise en otage ?

BAT YE'OR : L’Europe a choisi sa position d’otage dès le moment où elle a nié la réalité du jihad. Et l’origine de cette négation réside dans son alliance avec Arafat, l’incarnation du jihad. Elle a perdu la maîtrise de sa politique étrangère en cédant au terrorisme palestinien en 1973. Elle n’a pas compris que le palestinisme était le bras du jihad global comme le déclare un texte des Frères Musulmans rédigé le 1er décembre 1982 intitulé « Le Projet » et exposé dans le livre de Sylvain Besson, La conquête de l’Occident. Le projet secret des islamistes, Seuil 2005.

  

DRZZ : Que doivent faire les Juifs européens aujourd'hui pour combattre cette mutation eurabienne qui leur est hostile ? Etre plus présents sur la scène politique ? Utiliser l'étranger (Etats-Unis, Israël) pour faire pression sur l'Europe ? Faire leurs valises ?


BAT YE'OR : La mutation eurabienne n’est pas hostile aux Juifs seulement. Elle représente la destruction de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés comme fondements de la dignité humaine. Elle s’attaque aux bases de la civilisation judéo-chrétienne érigées sur le rationalisme, l’objectivité de la recherche et de la vérité, le sécularisme, l’égalité des sexes et des droits, la sacralité de la vie et de la liberté, pour nous imposer les normes des sociétés structurées par la chari’a, c’est-à-dire la paix-soumission du jihad et l’apartheid de la dhimmitude. C’est pourquoi cette mutation est combattue vigoureusement par des musulmans qui ont émigré en Occident parce qu’ils ont choisi nos valeurs universalistes. Eux aussi sont menacés par des fatwas, il est scandaleux de devoir assurer leur sécurité par une garde policière parce qu’ils manifestent un droit normal: leur liberté de pensée.


L’eurabisme recourt à des politiques inspirées par le communisme et le fascisme – toujours présents en Europe – et dégurgite la haine nazie et les théories conspirationnistes dont la dernière accuse les Américains d’avoir fomenté les attaques du 11 septembre. Ce canard, à l’origine limité à des milieux marginaux, revient maintenant en boucle dans de grands quotidiens comme pour habituer les gens aux contre-vérités. Le but de ces manipulations d’opinion est de diaboliser l’Amérique pour exonérer les criminels jihadistes et victimiser les musulmans. Comme le dit Doudou Diène, le rapporteur spécial sénégalais au Conseil des Droits de l’homme, ce sont les musulmans qui furent victimes du 11 septembre car ils sont stigmatisés par les mesures de sécurité. Doudou Diène ne voit pas les victimes du jihadisme, les contraintes imposées aux Occidentaux par les terroristes, il ignore les victimes des attentats, les bébés privés de leurs biberons dans les avions, les malades obligés de se séparer de leurs médicaments, les longues heures d’attente aux contrôles sécuritaires, les frais énormes des contribuables européens pour maintenir leur droit naturel à la sécurité mais qui désormais leur est contesté par les islamistes dans le contexte d’un jihad global qui menace n’importe qui n’importe où. C’est la politique du chaos initiée par Arafat contre Israël et qui ravage maintenant ses promoteurs, l’Algérie, l’Irak, le Liban, le Pakistan, l’Afghanistan, la Somalie.


La mutation eurabienne ne concerne pas Israël et les juifs exclusivement. L’islamisation de l’Occident et d’Israël constitue un même objectif, et il n’est pas sûr que l’Europe puisse résister mieux qu’Israël. Ce qu’il faut faire ? résister en protégeant la démocratie, les libertés et les droits de l’homme et cela inclut la résistance de nos amis musulmans dont vous avez cité quelque noms. Et surtout s’abstenir de banaliser des idéologies génocidaires par le dialogue avec leurs promoteurs, comme l’a fait Jimmy Carter avec le Hamas. La subversion de l’Europe a commencé par la reconnaissance et le dialogue avec le chef terroriste Arafat. On ne discute pas avec ceux qui vous imposent la guerre ou la soumission de la dhimmitude-apartheid.

 


DRZZ : Un parti conservateur suisse propose d'interdire les minarets tandis que le parti de la liberté aux Pays-Bas demande aux musulmans de déchirer les sourates violentes du livre saint... Ces réactions sont-elles saines ? Utiles ? Quelles seraient les mesures adéquates selon vous ?


BAT YE'OR : Le Coran et les hadiths (textes sacrés musulmans) comportent des passages extrêmement hostiles aux autres religions. Occultés par les spécialistes jusqu’à ces deux dernières années, ils s’étalent maintenant dans internet et sont largement et fièrement claironnés et revendiqués par des islamistes pour justifier leur politique ou leur haine d’Israël et de l’Occident. On doit naturellement connaître ces textes puisqu’ils nous concernent et non les dissimuler comme on l’a fait depuis les années 1970 afin de nous culpabiliser en nous accusant de provoquer une hostilité qui émane de textes religieux plus que millénaires et dont nous sommes finalement les victimes. Plus on en parlera et plus on incitera les musulmans à s’en désolidariser et à tenter de les contextualiser. S’ils refusent, il est clair que la cohabitation dans la paix et l’estime réciproque sera très difficile sinon impossible. Mais beaucoup de musulmans en Occident s’attachent à ce travail qui n’est guère facile. On doit respecter leur effort et les encourager.    

 
DRZZ : Etes-vous de ceux qui considèrent qu'il existe "islam" et "islamisme" (
Daniel Pipes) ou de ceux qui considèrent que "nous sommes en guerre contre l'islam" (Ayaan Hirsi Ali) ?


BAT YE'OR : Islam et islamisme …. C’est couper les cheveux en quatre. L’Islam c’est une civilisation qui s’est répandue sur 3 continents depuis treize siècles. Elle se caractérise par une religion fondée sur un livre, le Coran, par une juridiction: la shari’a établie sur le Coran et la Sunna (Traditions du Prophète), et une politique unissant ces deux éléments. Ses manifestations sociales et culturelles se différencient en fonction de la diversité des peuples qu’elle a supplantés et colonisés. Ce que Pipes appelle « islamisme » c’est l’élément jihadiste, les combattants pour la foi, les fedayy présents dès le début de l’islam, chargés de mener des razzias dans les pays infidèles (dar al-harb) pour y semer la terreur, prendre du butin et faire fuir les habitants infidèles afin de faciliter l’expansion de l’islam. Cette stratégie a toujours existé dans le cadre des Etats musulmans, elle jouit d’une légitimité sacrée dans la politique islamique de conquête mondiale. C’est pourquoi l’on n’a pas vu de démonstration monstre ni dans les pays musulmans ni parmi les millions de musulmans émigrés en Europe pour protester contre les attentats aux EU, à Madrid et à Londres. Sur ce thème j’approuve totalement les opinions de
Anne-Marie Delcambre, islamologue chevronnée et à l’érudition impeccable. Je crois qu’il ne faut pas confondre la civilisation islamique établie sur des textes sacrés et les musulmans, population appartenant à divers courants et qu’on ne peut classer dans une seule catégorie immuable.


Par contre je conteste l’idée que nous sommes en guerre contre l’islam. Je crois que l’Europe agressée par le jihad cherche la paix en combattant l’Amérique et Israël.      
 

DRZZ : Quelle est votre opinion de Tariq Ramadan ?


BAT YE'OR : Il appartient à l’école de feu Ismail Rajji al-Faruqi qui cherche à islamiser la modernité plutôt que de moderniser l’islam. Il est très contesté par des musulmans européens qui s’efforcent au contraire de libérer l’islam d’un corpus juridique étouffant et de formuler des principes religieux conformes à une éthique moderne. Par son rejet total de la légitimité de l’existence d’Israël et sa haine de l’Amérique, il adhère à l’idéologie jihadiste. Comme les traditionalistes d’autres courants religieux, il cherche à justifier la tradition et à la maintenir en recourant à des arguments modernes, ce qui donne un caractère spécieux à un discours qui se veut moderne mais qui est traditionnel.   
 

DRZZ : La proposition de Nicolas Sarkozy d'"Union méditerranéenne" entérine-t-elle le concept eurabien ? 

BAT YE'OR