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Vendredi 14 septembre 2007

A LIRE ABSOLUMENT 

CE QUE L'ON DIT REELLEMENT DANS LES CHANCELLERIES


Par Sebastien FUMAROLI, politique internationale, été 2007

(Politique internationale est une revue de luxe éditée pour les décideurs du monde, http://www.politiqueinternationale.com/)


"Le moins que l'on puisse dire, c'est que la gestion politique de la guerre par l'Administration Bush a été très habile, jusqu'à contraindre les Démocrates à la capitulation." 

Depuis la victoire démocrate au Congrès en novembre 2006, la guerre d'Irak s'aggrave d'une autre guerre à Washington entre George W. Bush et son opposition démocrate. Pour la première fois depuis le début de l'invasion, et en partie à cause d'elle, une Amérique divisée est sortie des urnes : une majorité d'Américains a clairement répudié le bushisme et le président se voit contraint de composer avec un Congrès hostile. L'Administration Bush, même désavouée par l'électorat, refuse de convenir. La guerre du terrorisme gagne à ses yeux en crédibilité et en héroïsme du fait même de l'ampleur du chaos irakien. De l'expédition américaine en Irak, et de sa gestion politique et militaire, dépend désormais l'issue des élections présidentielles de 2008. Mais aussi le sort du nouveau républicanisme américain, dont Dick Cheney et Karl Rove restent, dans l'entourage du président, les gardiens impavides. Le vote par les Démocrates des crédits demandés par le président Bush  au Congrès pour continuer sa guerre perdue en Irak aura été leur dernière victoire. 

Les artisans du bushisme

Le vice-président Cheney appartient à une génération politique traumatisée par le Watergate, la guerre du Viet Nam, la défaite de l'Amérique et le spectacle de l'impuissance de la fonction présidentielle.  Au cabinet du président Gerald Ford,   et au côté du secrétaire d'État Kissinger, il a assisté avec le jeune Donald Rumsfeld, lui-même en poste à la Maison-Blanche, à la tragédie de la chute de Saïgon en 1975. Cette équipe républicaine n'a jamais oublié ce désastre et chacun de ses membres garde une haine violente pour le parti de la défaite. Ils n'ont jamais pardonné aux Démocrates d'avoir humilié l'Amérique en refusant d'accorder au président Ford les crédits militaires qui auraient, selon eux, permis de l'emporter ou, du moins, de sauver l'honneur du drapeau. Leur volonté de revanche politique vient de loin. Sous Reagan, ils ont approché les centres de décision pour, finalement, en forcer la porte sous les présidences Bush père et fils. Mais c'est avec le 11 Septembre qu'ils ont compris que le Parti démocrate pouvait être durablement affaibli et perdre toute chance d'une seconde parenthèse Clinton. 

Karl Rove, l'homme de l'ombre qui a inventé George W. Bush, fut le grand artificier de cette Politique. Âme damnée du Parti républicain, il consacre depuis trente ans toute son intelligence et son machiavélisme à cette revanche. Son nom apparaît pour la première fois, fugitivement, dans l'affaire du Watergate. De Nixon, Rove passe en 1977 au service de la famille Bush. Il quitte Washington pour le Texas où il devient le tuteur de G. W., éduqué dans le Sud : il a reconnu dans le jeune loup l'étoffe d'un futur président. Dès cette époque, Karl Rove a prévu le tournant de la politique américaine qui devait mettre fin au cycle long du New Deal, et inaugurer un cycle long du républicanisme. 

En 1994, c'est la première victoire : Bush Junior devient gouverneur du Texas et - fait sans précédent depuis la guerre de Sécession - une majorité des États du Sud a voté pour le Parti républicain. En 2000, Karl Rove parachève son grand oeuvre : George W. Bush est élu président avec les voix des électeurs du Sud, qui accordent désormais leurs suffrages au parti conservateur. C'est la fin de l'alliance entre la gauche syndicaliste et la partie la plus réactionnaire des Démocrates sudistes qui avait permis l'élection de Roosevelt et la politique démocrate du New Deal. Désormais, le Parti républicain est en mesure d'épouser toute l'opinion réactionnaire des États-Unis. Le mérite incontestable de Karl Rove, remarquable sociologue du corps électoral américain, est d'avoir pris la mesure des mutations du Sud, enrichi par le pétrole et encadré par l'évangélisme baptiste.

Le 11 Septembre a donné
au bushisme une chance supplémentaire d'asseoir son ascendant sur l'Amérique conservatrice. Rove, le premier, a relevé un trait fondamental dans la psychologie politique des Américains : le Parti républicain, au moins depuis le milieu des années 1960, a joui d'un avantage sur les Démocrates en matière de sécurité nationale. Cet avantage, les Républicains l'avaient perdu après la guerre froide. Mais avec l'attaque du 11 Septembre, Rove a compris très vite, et l'a dit explicitement en janvier 2002, que le plus sûr moyen pour les Républicains de rester longtemps au pouvoir, c'était de jouer la carte de la sécurité nationale. En 2004, Bush a gagné sa réélection en convainquant une majorité d'Américains de l'existence d'un lien effectif entre le terrorisme, l'Irak et les valeurs morales. Il saisissait l'opportunité de la guerre pour consolider l'hégémonie des valeurs conservatrices et religieuses et l'identifier à la défense de l'Amérique agressée. 

En décembre 2005, Dick Cheney est allé encore plus loin : il a explicitement affirmé que le 11 Septembre avait changé les règles de la présidence des États-Unis. « Tout ce qui s'est passé autour du Watergate et du Viet Nam pendant les années 1970, a-t-il déclaré, a contribué à affaiblir l'autorité dont le président a besoin pour être efficace, tout particulièrement en ce qui concerne la sécurité nationale. » Pour Dick Cheney, l'Amérique est en guerre quasi totale depuis le 11 Septembre. Les pleins pouvoirs au président ne sont donc pas un régime d'exception, mais la réponse républicaine aux exigences du moment, les Démocrates n'ayant d'autre choix que de devenir des « Républicains en plus faibles ». Pour Rove et Cheney, la « guerre contre la terreur » est d'abord une arme sans réplique de politique intérieure. Y compris et surtout dans les moments de défaite.

"En réalité, la défaite du bushisme aux élections parlementaires de 2006 est ce qui pouvait arriver de mieux au Parti républicain dans la perspective de l'élection présidentielle de 2008"

Les Démocrates l'ont emporté à l'automne dernier parce qu'ils se sont engagés à gérer autrement la crise américaine au Moyen-Orient. Or, paradoxalement, la politique étrangère est le seul domaine où l'anti-bushisme démocrate est incapable d'agir. Le président des États-Unis demeure le commandant en chef des armées. Ses prérogatives et son pouvoir en politique étrangère sont affaiblis, mais restent considérables. La seule manière, pour les Démocrates, de faire barrage aux décisions de la Maison-Blanche sur l'Irak consiste à refuser de voter les crédits de la guerre, comme ils l'avaient fait au temps du Viet Nam. Or, de ce point de vue, le « syndrome Viet Nam », qu'ils ont payé très cher sur le plan politique, les effraie plus que jamais. Dès lors, comment éviter de « collaborer » avec Bush et de prendre le risque de décevoir une base électorale majoritaire qui attend un retrait du théâtre irakien ? En réalité, la défaite du bushisme aux élections parlementaires de 2006 est ce qui pouvait arriver de mieux au Parti républicain dans la perspective de l'élection présidentielle de 2008. En effet, si le Congrès était resté républicain, Hillary Clinton ou Barack Obama - les deux favoris à l'investiture du Parti démocrate - n'auraient pas eu à s'inquiéter pour leur élection à la Maison-Blanche. Dans le sillage prévisible de la plus humiliante défaite de l'histoire de l'Amérique, le triomphe de l'un ou de l'autre était assuré. On comprend ainsi pourquoi, au soir du 7 novembre, Karl Rove pouvait se féliciter de la déroute de son propre camp : « Le républicanisme américain, affirma-t-il, est bien vivant et se porte très bien. Il est même bien possible qu'il reconquière la majorité en 2008 ».

Parti démocrate : de la victoire à la capitulation

Comment George W. Bush, désavoué par les urnes, peut-il six mois plus tard rassembler derrière lui les Démocrates du Congrès, procéder à un renfort de troupes et engager une stratégie offensive en Irak ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que la gestion politique de la guerre par l'Administration Bush a été très habile, jusqu'à contraindre les Démocrates à la capitulation. 

Bush est, en effet, parvenu à refonder le consensus initial autour de sa guerre en Irak non plus sur une base idéologique (celle du bushisme marqué par l'influence des intellectuels néoconservateurs), mais au nom de l'intérêt général de la nation pilote du monde. Une telle prouesse n'a pu être exécutée qu'avec le consentement des Démocrates, qui ont prouvé que, décidément, la guerre d'Irak leur collait à la peau. Beaucoup plus qu'on ne le croit en Europe. 

Dès l'annonce de la défaite des Républicains, George W. Bush a sacrifié sur le champ son secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. Par ce geste symbolique, Bush a voulu montrer à l'opinion que son autorité ne se réduisait pas aux aléas de l'expédition en Irak, et que sa légitimité de président reposait sur une base populaire autrement plus large et plus solide.

Le rapport Baker-Hamilton aura été son second fusible. Ses recommandations sonnent comme un désaveu de la stratégie des faucons néoconservateurs, mais non de la guerre elle-même. Le groupe d'étude sur l'Irak (où a siégé Robert Gates avant qu'il ne remplace Donald Rumsfeld à la tête du Département de la Défense) recommande une reprise du dialogue avec l'Iran et la Syrie afin de donner à l'Amérique les moyens de jouer au Moyen-Orient un rôle d'arbitre. Il souhaite revenir à un cadre multilatéral qui impliquerait les États arabes voisins dans un règlement régional du problème irakien. C'est, en somme, le retour à la politique traditionnelle d'une balance of power au Moyen-Orient. Le même rapport pose, en outre, comme condition sine qua non au succès de la lutte contre le terrorisme la résolution du conflit israélo-palestinien et préconise le retrait d'Irak de la majorité des divisions de combat de l'armée américaine au plus tard en mars 2008. Délai précieux pour George W. Bush. 

Il est impossible de croire que ce rapport - piloté par James Baker, l'avocat de la famille Bush, qui a fait élire G. W. Bush en démêlant en sa faveur l'imbroglio du comptage des voix en Floride lors de l'élection de 2000 - n'ait pas été négocié dans l'intérêt profond du président. James Baker a aidé avec doigté Bush à neutraliser les Démocrates et lui a proposé une solution de rechange, fondée non plus sur les utopies idéologiques des néoconservateurs, mais sur la base bipartisane de l'intérêt national. Telle est la carte maîtresse qui offre à Bush les moyens d'un double jeu victorieux dans la guerre ouverte au Capitole. 

Le 10 janvier 2007, le président choisit d'écarter tout retrait et engage un bras de fer avec les Démocrates. Il lance la bataille de Bagdad avec un nouveau commandant en chef, le général David Petraeus, et l'envoi d'un contingent supplémentaire de 30 000 hommes. Washington laisse également entendre qu'un bombardement des installations nucléaires iraniennes est possible, voire probable. Ayant montré des preuves de fermeté, il peut donner des gages au plan Baker-Hamilton. Ainsi, Washington accepte d'entamer des négociations directes avec Téhéran (conférence de Bagdad du 1er mars ; conférence de Charm el-Cheikh des 3 et 4 mai ; et ouverture de pourparlers directs à Bagdad entre les ambassadeurs américain et iranien pour étudier une cogestion de la sortie de crise en Irak). James Baker ne manque pas l'occasion d'affirmer, dans une tribune du Washington Post, que la nouvelle stratégie militaire mise en oeuvre par l'Administration Bush en janvier 2007 repose sur la nécessité d'un accord bipartisan, celui-là même qui a présidé aux recommandations du groupe d'étude sur l'Irak.

Le « grand deal » attendu a finalement eu lieu. La fausse victoire du Parti démocrate s'est transformée six mois plus tard en capitulation. Le 23 mai 2007, la majorité démocrate a accordé à un président Bush lâché par l'opinion, affaibli dans son propre parti, les crédits dont il avait besoin pour continuer sa guerre, sans même le contraindre au moindre calendrier de retrait. Les trois sénateurs qui briguent l'investiture démocrate ont voté contre : Hillary Clinton, Barack Obama et Christopher Dodd. Ils ont cru ménager l'avenir : en fait, George W. Bush a réussi à renvoyer les deux favoris de la présidentielle de 2008, Obama et Clinton, en dehors du consensus bipartisan et national. 

Comme pour aggraver le sentiment de culpabilité des Démocrates face à eux-mêmes et à leur manque d'audace, le jour même de la reddition est paru aux États-Unis un rapport qui révèle que le Pentagone et le Département d'État avaient été dûment avertis, avant mars 2003, des risques de chaos que l'Irak encourait en cas d'invasion américaine. Après l'inexistence reconnue d'armes de destruction massive, l'absence de liens entre Al-Qaida et Saddam Hussein, on apprend que les conséquences du changement de régime ont été délibérément sous-évaluées, malgré l'avis des experts. Peu importe : Ben Laden l'a rêvé, Bush l'a fait. En attaquant l'Irak, les États-Unis ont créé un foyer de terrorisme international beaucoup plus dangereux que l'Afghanistan, qui justifie a posteriori l'invasion du pays et conforte les convictions du président. « L'analyse judicieuse de la réalité - a déclaré un collaborateur du président Bush lors d'un point de presse à la Maison-Blanche - est un exercice de discernement qui n'est plus adapté au monde tel qu'il fonctionne aujourd'hui. Désormais, l'Amérique est un empire et, quand nous agissons, nous produisons notre propre réalité. Pendant que vous serez occupés à analyser cette réalité - avec tout le discernement requis - nous, nous continuerons à agir, en en créant de nouvelles » (3). Suivant cette logique surréaliste où les défaites se métamorphosent en victoires, G. W. Bush vient de déclassifier des documents Secret Défense du Pentagone pour prouver que l'Irak est désormais le premier front de sa « guerre contre la terreur » : en janvier 2005, Oussama Ben Laden aurait envoyé sur place Abou Moussab al Zarqaoui (éliminé en juin 2006 par les forces américaines) en vue de préparer des attentats contre les États-Unis. Dès lors, la présence militaire américaine en Irak est parfaitement justifiée.

"La fausse victoire du Parti démocrate s'est transformée six mois plus tard en capitulation"

L'hypothèque démocrate levée, le répit sur le financement des troupes accordé jusqu'en septembre, la guerre peut donc reprendre selon la bonne stratégie du général David Petraeus. Une stratégie cautionnée cette fois par une union nationale retrouvée et même renforcée, puisqu'elle a surmonté au Congrès la division du pays sortie des urnes le 7 novembre. « Il faut s'attendre à des combats très durs pendant l'été », a prévenu le président alors que les 15 000 derniers GI sur les 30 000 soldats annoncés en renfort arrivaient à Bagdad.

Le consensus de l'après-11 Septembre

C'est bel et bien le
Parti démocrate, comme l'avaient prévu Cheney et Rove, qui a été la première victime du 11 Septembre. Tous ses ténors ont voté la guerre, d'Hillary Clinton à Joe Biden. Seule figure de gauche à briser dès 2003 l'unanimisme patriotique qui allait conduire les Démocrates au discrédit : l'ancien président Carter. Le fait n'est pas négligeable. Carter n'est pas un pacifiste. Il a porté l'uniforme américain. Lorsqu'il était à la Maison-Blanche, il a augmenté le budget du Pentagone et aidé les guérilleros afghans à combattre l'Armée rouge au nom du djihad. Pour le reste, l'establishment démocrate a, dans son ensemble, été favorable à l'invasion de l'Irak. Deux intellectuels comme Gore Vidal ou Noam Chomsky y étaient opposés, mais ils ne comptent pas.

Dans cette atmosphère de compromission générale, le candidat à l'investiture démocrate Barack Obama, élu sénateur de l'Illinois en 2004, fait figure d'exception. Il a pour lui sa virginité politique et son opposition de la première heure à l'aventure irakienne. Nul doute que, si l'issue de la guerre en Irak devenait un critère décisif, ce double bénéfice lui donnerait l'avantage lors des primaires. 

En vérité, l'intervention en Irak, contre laquelle le Parti démocrate fait aujourd'hui campagne, n'a été possible que parce qu'existait sur le sujet un consensus à gauche. Sans ce consensus, George W. Bush n'aurait pas obtenu de majorité pour déclencher l'invasion. On oublie trop souvent qu'à l'époque de la guerre de Bosnie et du Kosovo les néoconservateurs Paul Wolfowitz et Richard Perle, théoriciens zélés de la démocratisation par la force du Moyen-Orient, côtoyaient les George Soros et Michael Ignatieff, soit l'avant-garde éclairée des intellectuels de gauche du Parti démocrate : tous étaient unis alors par le même idéal de l'usage de la force à fin humanitaire. Cette « génération Bosnie » a facilité le rapprochement des faucons humanitaires de droite et de gauche et leur engagement en faveur de la guerre. Les néoconservateurs ont été la cheville ouvrière de l'union sacrée de l'après-11 Septembre dont le résultat fut, on le sait, de conduire l'Amérique à attaquer un pays qui ne la menaçait en rien. 

À cet égard, l'un des documents les plus importants est certainement le manifeste publié en 1996 dans la revue Foreign Affairs : « Towards a Neo-Reaganite Foreign Policy ». Signé par Bill Kristol (le directeur de l'hebdomadaire bushiste Weekly Standard) et Robert Kagan (l'auteur de La Puissance et la Faiblesse), ce texte jette les bases de la politique étrangère de George W. Bush. Il illustre la conversion du Parti républicain à un interventionnisme mondial visant à éradiquer toutes les tyrannies de la planète. Il défend une conception radicale de l'exceptionnalisme américain justifié par la victoire des États-Unis sur l'URSS. Rejetant la Realpolitik des années Kissinger comme le défaitisme moral démocrate des années Viet Nam, Kristol et Kagan prônent pour l'Amérique un « hégémonisme bienveillant », fondé sur la clarté morale et sur la certitude que la politique américaine est guidée par le Bien. En profondeur, les idéologues du néoconservatisme, venus à l'origine de la gauche, n'ont pas renié leur foi internationaliste, substituant la Grande Nation américaine au socialisme d'hier comme agent de réalisation d'une forme de « fin de l'Histoire ». 

Pour forger ce consensus d'un genre nouveau, le rôle des compagnons de route (et des Républicains modérés) a été crucial : les Thomas Friedman du New York Times, les Fareed Zakaria de Newsweek, les Leon Wieseltier du New Republic, les éditorialistes du Washington Post, tous ont accepté une partie de l'agenda des néoconservateurs. Ils se sont laissé convaincre que Saddam Hussein était un danger. Ils ne l'auraient pas spontanément admis auparavant, tant la chose était invraisemblable, mais, après le 11 Septembre, ils ont fermé les yeux. Du coup, les néoconservateurs se sont mis à penser pour tout le monde, s'adjugeant une hégémonie idéologique grâce au court-circuit intellectuel qui plongeait l'Amérique dans le noir. 

Rien cependant, n'aurait été vraiment possible sans la bénédiction de Tony Blair, le théoricien de la « guerre juste », qui a marqué de son empreinte ce consensus à gauche. Pour mieux mesurer son rôle, il n'est pas inutile de rapporter les propos de Samantha Power, professeur à Harvard. Elle représente cette nouvelle garde intellectuelle du Parti démocrate qui a conseillé Barack Obama pour les affaires internationales entre 2005 et 2006. Elle aussi appartient à la génération Bosnie, mais elle est devenue en 2003 une non-alignée de l'establishment démocrate, après s'être engagée contre la guerre et avoir pris du champ par rapport à ses anciens amis de la gauche interventionniste. « Ce fut, dit-elle, pour moi, un étrange spectacle que de voir Tony Blair, cet homme qui jouissait au sein de la gauche américaine d'un immense crédit, rangé au côté du républicain George W. Bush. En Europe, on ne s'est pas rendu compte de cela, et je sais que de nombreux Anglais sont en désaccord avec moi sur ce point. Mais Blair a eu une grande responsabilité dans cette guerre. Blair s'était engagé pour le Kosovo ; il avait conduit l'intervention en Sierra Leone et dans le Timor Oriental ; et il a joué un rôle stratégique clé en se faisant l'avocat d'une intervention humanitaire. Il a été le seul dans la période qui a précédé l'invasion de l'Irak à invoquer la cause humanitaire. (...) Cette voix étrangère, plus modérée et mieux argumentée que le discours du président américain, a rassuré les opposants démocrates à la politique de George W. Bush et a donné à cette intervention la crédibilité qu'elle n'aurait pas eue sans lui aux yeux de la gauche américaine. » En réalité, autant que l'unilatéralisme de l'Administration Bush, l'idéalisme démocrate et son idéologie interventionniste - dont Tony Blair a été le théoricien - sortent bien mal en point de la déroute irakienne. 

La gauche américaine à la recherche d'un nouveau souffle

Quelles que soient ses chances pour 2008, Barack Obama est le premier des candidats à l'investiture démocrate à avoir clairement posé le diagnostic de l'impasse dans laquelle la gauche américaine s'est enfermée. « Nous nous sommes trop longtemps contentés d'exister par l'opposition systématique, a-t-il déclaré dans un discours de janvier 2006. Nous avons été très forts pour dire non, mais je crois qu'il nous a manqué aussi beaucoup d'audace pour dire oui. » Dire oui, ce n'est certainement pas pour Barack Obama accepter le jeu d'une gestion bipartisane de la guerre organisée par le président Bush, où le Parti démocrate sera toujours l'éternel perdant. Dire oui, c'est au contraire en finir avec l'héritage des années 1990 (les années Clinton) qui a permis l'établissement d'un rapport de force défavorable à la gauche. C'est refuser définitivement de céder au chantage patriotique exercé par les Républicains sur les Démocrates depuis la fin de la guerre du Viet Nam et dont l'antienne a pris un tour nouveau après les attaques du 11 Septembre. De ce point de vue, la candidature de John Kerry en 2004 a été un anti-modèle. « Le problème de John Kerry, c'est qu'il avait honte d'être d'accord avec George Bush », analyse Samantha Power. Leon Wieseltier du New Republic partage ce jugement sur le candidat Kerry et esquisse le portrait-robot d'un profil idéal enfin capable de s'opposer à Bush et à son usage électoral de la guerre contre le terrorisme : « La gauche doit être à gauche en s'opposant à l'anti-darwinisme des Églises, à leur veto sur la recherche scientifique, au démantèlement du Welfare, aux baisses d'impôt inéquitables. Il y a quarante ans, pendant la guerre froide, le Parti démocrate avait trouvé une ligne gagnante : le liberal anticommunism. Le parti défendait alors la puissance américaine, l'utilisation de la force, une politique étrangère missionnaire tournée contre l'Empire du mal, tout en restant attaché à un projet social et culturel progressiste. L'avenir du Parti démocrate dépend de sa capacité à réinventer une doctrine équivalente à l'âge de la guerre contre la terreur. » Autrement dit, redécouvrir, pour le monde de l'après-11 Septembre, ce que la gauche américaine a oublié depuis le Viet Nam. 

Dans un livre intitulé The Good Fight : Why Liberals - and only Liberals - can Win the War on Terror and Make America Great again (4), Peter Beinart, autre célèbre plume du New Republic, a offert à la gauche américaine le corps de doctrine qui lui manque pour vaincre le républicanisme bushiste et, si possible, dès les élections de 2008. Face aux intimidations de l'Administration Bush, les Démocrates ont, selon lui, besoin de se réapproprier les principes politiques fondateurs de l'Empire américain, tels qu'ils les ont eux-mêmes élaborés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Par ce retour aux sources, la gauche américaine serait bien inspirée de procéder à un examen de son propre idéalisme que les néoconservateurs ont discrédité en Irak. Sous le règne révolutionnaire des néocons, l'idéalisme américain, qui cultive une foi inébranlable dans le progrès héritée des Lumières, s'est transformé en jacobinisme robespierriste, déterminé à couper les têtes des tyrans et à exporter la démocratie par les armes. 

Pour soigner ces dérives, Peter Beinart effectue un retour aux premières années de la guerre froide, à la lumière de la politique de George Kennan, le père de la doctrine Truman. Il ressuscite à cette occasion la pensée du pasteur germano-américain Reinhold Niebuhr que George Kennan considérait comme son inspirateur. Ce livre est un voyage dans la politique américaine des années 1950 - une époque où la droite était encore préservée de tout néoconservatisme et la gauche exempte de cette culpabilité maladive qu'allait bientôt lui inoculer l'expérience vietnamienne. Peter Beinart montre ce qui distingue fondamentalement les Démocrates des Républicains - ligne de partage que la guerre d'Irak a brouillée, jusqu'à finir par la rendre presque illisible. L'identité conservatrice, écrit-il, se fonde sur la crainte de voir l'Amérique perdre de vue son propre exceptionnalisme alors que l'identité démocrate repose, elle, sur la peur qu'inspire l'Amérique elle-même. Pour s'opposer à Bush, la gauche américaine doit savoir résister au détournement de sa propre identité. C'est le seul et véritable antidote au bushisme. À défaut, celui-ci risque de devenir, dans sa version bipartisane de la guerre, le consensus définitif de l'Amérique de demain, quel que soit le vainqueur en novembre 2008.

par drzz publié dans : Bush
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Vendredi 14 septembre 2007
Un catholique peut-il être sioniste ?
  
Michel Garroté, journaliste
  
croix-lorraine.jpgJ’aimerais soumettre aux lectrices et lecteurs, ci-dessous, quatre documents qui, selon moi, aident à comprendre en quoi un catholique peut être, aussi, un sioniste. Que les personnes de bonne volonté y voient un effort de transparence de ma part. Que les autres personnes y voient ce qu’elles voudront bien y voir ou ne pas y voir. On ne doit jamais consacrer trop de temps aux personnes qui s’informent peu, qui savent tout et qui ont toujours raison. Pourquoi ne doit-on pas leur consacrer trop de temps ? Mais parce qu’elles sont trop nombreuses, tout simplement.
  
Premier document
Sur le site catholique http://www.voxdei.org/ on peut lire que l’Eglise catholique a condamné l’antisionisme comme une forme masquée d’antisémitisme. L’Eglise catholique a formulé cette condamnation dans une déclaration conjointe, rendue publique, mais guère mentionnée par les médias, en juillet 2004, à l’issue d’un forum d’intellectuels juifs et catholiques. La condamnation catholique de l’antisionisme a également fait l’objet, le 30 juillet 2004, d’un article de Shlomo Shamir dans le journal israélien Haaretz (début de citation de Shlomo Shamir) : « Dans la déclaration conjointe, l’Eglise catholique met l’antisionisme en rapport avec l’antisémitisme. L’annonce en a été faite, en 2004, à Buenos Aires, lors d’un colloque de religieux, d’universitaires et autres personnalités juives et catholiques. L’antisémitisme est inacceptable quelle que soit sa forme, y compris celle de l’antisionisme qui est devenu dernièrement une manifestation d’antisémitisme, a souligné la déclaration conjointe. C’était la première fois que l’Eglise catholique mettait en relation l’antisionisme et l’antisémitisme. La déclaration comprend également une condamnation ferme du terrorisme, et plus particulièrement du terrorisme au nom de la religion. Le terrorisme est un péché contre l’homme et contre Dieu. Le terrorisme fondamentaliste au nom de Dieu est injustifiable. Ilan Steinberg, directeur du Congrès Juif Mondial, un des organisateurs du forum, avait qualifié la déclaration conjointe de moment historique. Pour la première fois, l’Eglise catholique reconnaît dans l’antisionisme une agression non seulement contre les Juifs mais contre le peuple juif en tant que tel. D’éminentes personnalités juives qualifièrent cette déclaration publique de soutien de l’Eglise catholique face à l’antisionisme. Par le passé, le sionisme était qualifié de racisme, et cette déclaration fait maintenant de l’antisionisme lui-même une forme de racisme, avait déclaré un responsable juif à New York » (fin de citation de Shlomo Shamir).
  
  
Deuxième document
Le 12 août 2007, sur http://www.terredisrael.com/, André Namiech publiait un document signalant que le dictionnaire emploie les mêmes définitions pour désigner l’idolâtrie et le fanatisme (début de citation de André Namiech) : « C’est un amour excessif, aveugle et intransigeant voué à quelqu’un, à quelque chose, voir même à une doctrine ou à une opinion. L’Histoire a montré que, malgré la bannière de l’enseignement de l’amour du prochain sous laquelle il se présentait, le Christianisme n’a pu empêcher les guerres qui ont endeuillé les peuples, même parmi ceux qui se réclamaient des mêmes convictions religieuses. Les différentes interprétations des écritures, leur esprit et leurs applications, ont été la cause des pires excès et d’un fanatisme (…) qui a abouti à son apogée destructeur avec la « Shoah » au 20ème siècle. Lors d’une conférence organisée à Genève, à l’occasion du 59ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, l’abbé Alain René Arbez, responsable auprès de l’Eglise des relations avec le Judaïsme, a prononcé un discours pour rappeler les changements intervenus au sein de l’église catholique. Citant tour à tour Jean XXIII et Jan Paul II, l’abbé Arbez confirmait : Non, l’Alliance conclue par Dieu avec Israël n’avait pas été abrogée. Loin d’être une branche morte, les Juifs sont les frères aînés des Chrétiens. La foi juive est intrinsèque au Christianisme, car qui rencontre Jésus, rencontre d’abord le Judaïsme. En 2004, lors d’un symposium à Buenos-Aires, la commission pontificale pour les relations avec le Judaïsme a officiellement condamné l’antisionisme, car la plupart du temps, il n’est que le prétexte à banaliser la haine contre les Juifs par la diabolisation d’Israël. Ce qui est diabolique avec le fanatisme, c’est qu’il invoque des raisons particulières et mensongères pour justifier ses débordements et ses excès. On l’a vu avec le fascisme hitlérien et avec le communisme stalinien ; on le voit aujourd’hui avec l’intégrisme musulman qui a pris à son compte les héritages mortifères qui ont endeuillé la planète, et dont l’antijudaïsme constituait le dénominateur commun » (fin de citation d’André Namiech).
  
  
Troisième document
Dans « Le sionisme et les églises », Jean-Daniel Chavalier (voir http://www.primo-europe.org/ ) fait notamment les remarques suivantes (début de citation de Jean-Daniel Chevalier) : « Lors du Concile Vatican II, sous l’impulsion du Pape Jean XXIII, l’Eglise adopte une attitude plus positive vis à vis du peuple juif. Indirectement, le regard change aussi vis à vis de l’Etat d’Israël. L’Encyclique Nostra Aetate, qui réhabilite le peuple juif, est votée en 1965 malgré l’opposition des conservateurs. Elle rappelle que Dieu ne regrette ni ses dons, ni ses appels à son peuple, Israël. Ce climat plus favorable entraîne une rencontre entre le Pape Paul VI et le Président israélien Zalman Shazar en 1964. En 1975, le Vatican envoie un message dans lequel il reconnaît la légitimité du sionisme et de l’Etat d’Israël (…) C’est lors des Accords d’Oslo, en 1993, que le pas décisif est franchi. Le Vatican signe avec l’Etat d’Israël un accord fondamental qui scelle la reconnaissance de l’Etat d’Israël, mentionnant également la nature unique de la relation entre l’Eglise catholique et les Juifs (…) Le Pape Jean-Paul II, plutôt philosémite (réd. ami des juifs), tout comme son successeur Benoît XVI, parachèvera là, en quelque sorte, un long parcours (…) A côté de ce pragmatisme officiel, il y a dans le monde catholique un courant favorable au sionisme, avec une argumentation positive. La dimension théologique est présente par le fait que le peuple juif est le peuple de l’alliance pour lequel les promesses subsistent (…) Le philosophe catholique Jacques Maritain (1882-1973) a œuvré durant de longues années à la lutte contre l’antisémitisme, lors de l’affaire Dreyfus, lors de la deuxième guerre mondiale, et ce jusqu’à sa mort. Il fut Ambassadeur de France au Vatican et usa de sa position pour faire avancer le dossier juif dans l’Eglise catholique. Il était un sioniste convaincu. Il est le père spirituel d’un courant favorable au sionisme et à l’Etat d’Israël dans le catholicisme, courant actif en particulier dans l’Amitié judéo-chrétienne (…) Du côté des catholiques favorables au sionisme, le témoignage du père Emile Shoufani, curé de Nazareth, arabe palestinien de nationalité israélienne, est assez exceptionnel. Cet homme œuvre ardemment pour la réconciliation des Juifs et des Arabes. Il est un chrétien sioniste engagé, intégrant dans sa démarche une longue méditation sur le destin juif » (fin de citation de Jean-Daniel Chevalier).
  
  
Quatrième document
Dans la revue Sens, N° 8, août 2004, pp. 419-440 (voir http://www.upjf.org/dialogue-interreligieux/article-9400-133-6-combat-jacques-maritain-contre-antisemitisme-chevalier.html ), Yves Chevalier, présente plus en détail le catholique sioniste Jacques Maritain (début de citation d’Yves Chevalier) : « …Maritain a largement utilisé la “parole” - écrite ou orale - pour exprimer ce qu’il considérait, au niveau de la constitution de la société ou à celui des rapports entre les hommes, comme les conséquences nécessaires des principes à la fois du droit naturel et de la raison ; et il a, pendant près de cinquante ans, mené un combat qui ne fut pas sans courage. Maritain n’a jamais été antisémite. Dans le fameux texte de sa communication devant les participants à la première Semaine des écrivains catholiques, il prend soin d’insister, à plusieurs reprises, sur le fait, c’est Maritain qui le dit, ‘que (…) la tâche de l’écrivain catholique est alors d’éclairer l’opinion publique et de lui apprendre à raisonner de ces choses sans haine, en gardant la discipline qu’il convient (…) Les passions populaires et les pogroms n’ont jamais résolu aucune question, bien au contraire (…) il ne faudrait pas que la question juive serve de dérivatif au mécontentement et aux déceptions de l’heure présente, de telle manière que le Juif apparaisse, dans une sorte de mythologie simpliste, comme l’unique cause des maux dont nous souffrons (…) Plus la question juive devient politiquement aiguë, plus il est nécessaire que la manière dont nous traitons de cette question soit proportionnée au drame divin qu’elle évoque ; il est incompréhensible que des écrivains catholiques parlent sur le même ton que Voltaire de la race juive et de l’Ancien Testament, d’Abraham et de Moïse’. Maritain précisera (réd. 1941) : ‘L’antisémitisme est la peur, le mépris et la haine du peuple juif, et la volonté de le soumettre à des mesures de discrimination. Il y a bien des formes et des degrés d’antisémitisme. Sans parler des formes monstrueuses que nous avons à présent sous les yeux, il peut prendre la forme d’un certain orgueil et préjugé hautain, nationaliste ou aristocratique ; ou de simple désir de se débarrasser de concurrents gênants ; ou d’un tic de vanité mondaine ; voire d’une innocente manie. Aucune n’est innocente, en réalité. En chacune un germe est caché, plus ou moins inerte ou actif, de cette maladie spirituelle qui, aujourd’hui, éclate à travers le monde en une phobie fabulatrice et homicide’. Maritain écrira encore : ‘Il est difficile de n’être pas frappé de l’extraordinaire bassesse des grands thèmes de la propagande antisémite. Les hommes qui dénoncent la conspiration mondiale juive […] le meurtre rituel [...] semblent nés pour attester qu’il est impossible de haïr les Juifs en restant intelligent […] À un esprit suffisamment attentif, cette étonnante bassesse apparaît elle-même comme inquiétante, elle doit avoir un sens mystique. La sottise poussée trop loin confine au mystère’. Maritain avait aussi écrit, en 1937, dans L’impossible antisémitisme, que l’émancipation des Juifs, réalisée par la Révolution française, est un fait que les peuples civilisés, pour autant qu’ils veulent rester tels, doivent tenir pour acquis’. Reprenant un thème déjà utilisé par Léon Bloy lorsque, dans Le Salut par les Juifs, il affirmait : l’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre le fleuve, pour en élever le niveau, mais en l’éclairant d’une méditation sur les chapitres de l’Épître aux Romains, où saint Paul traite de la destinée d’Israël après son faux-pas. Maritain définit l’Israël peuple de Dieu comme témoin des Écritures (…) comme témoin du surnaturel…c’est-à-dire de l’existence d’un au-delà du monde. Pour Maritain, au point de vue de sa caractérisation morale dans les perspectives catholiques, et lorsqu’il se répand parmi ceux qui se disent les disciples de Jésus-Christ, l’antisémitisme apparaît comme un phénomène pathologique qui révèle une altération de la conscience chrétienne quand elle devient incapable de prendre ses propres responsabilités dans l’histoire et de rester existentiellement fidèle aux hautes exigences de la vérité chrétienne. Alors, au lieu de reconnaître, dans les épreuves et les épouvantes de l’histoire, la visitation de Dieu, et d’entreprendre les tâches de justice et de charité requises par cela même, elle se rabat sur des fantômes de substitution concernant une race entière. L’antisémitisme reste, pour Maritain, la négation même du Message du Christ, ce qui explique que, puisque spirituellement le chrétien est un sémite, il ne peut concevoir un chrétien antisémite ; en même temps, il interprète l’antisémitisme, quelles qu’en soient les formes, comme une maladie spirituelle qui s’oppose à l’œuvre de Dieu. En s’attaquant à Israël, au peuple d’Israël en tant que tel, c’est l’éthique universaliste du Décalogue que l’on met en question ; et en exterminant les Juifs, c’est cette même éthique que l’on veut éradiquer de la surface de la terre. Dans le dernier ouvrage qu’il publie en 1970 : L’Église du Christ, Maritain constate que, progressivement élaborée au cours d’un affrontement multi-séculaire, la haine contre le peuple de la promesse était essentiellement religieuse (ce qui a conduit, à de nombreuses reprises, la papauté à prendre la défense des Juifs) ; et que ce n’est qu’à l’époque moderne qu’elle a pris une autre dimension, résolument séculière (…) Il convient donc que le théologien en tienne compte dans sa compréhension de l’Amour - unique, pour le Peuple d’Israël et pour l’Église - du Dieu Unique. C’est surtout après la Guerre, et en particulier lors de son séjour à Rome comme Ambassadeur de France près le Saint-Siège, que Maritain entreprendra un certain nombre de démarches directement liées à ce combat contre l’antisémitisme (…) Maritain tire la conclusion que ce dont Juifs et Chrétiens ont aussi, et par-dessus tout, besoin, c’est qu’une voix - la voix paternelle, la Voix par excellence, celle du Vicaire de Jésus-Christ (réd. du Pape) - dise au monde la vérité (…) pour témoigner de Sa compassion pour le peuple d’Israël, renouveler les condamnations portées par l’Église contre l’antisémitisme (…) pour préserver les âmes et la conscience chrétienne d’un péril spirituel toujours menaçant et pour toucher les cœurs de beaucoup d’Israélites. Maritain avait épousé un juive (…) ainsi écrit-il : Je voudrais être Juif par adoption, puisqu’aussi bien, j’ai été introduit par le baptême dans la dignité des enfants d’Israël (…) je suis des vôtres, oui, - juif par amour, je ne dis pas seulement spirituellement sémite, comme est tout chrétien, mais ethniquement juif, lié dans ma chair et ma sensibilité aux tribus d’Israël et à leur destinée ici-bas. Ce n’est pas par hasard qu’André Chouraqui demandera plus tard, en 1950, à Jacques Maritain de préfacer sa traduction des Devoirs du Cœur, de Bahya Ibn Paqûda (…) Mais cet amour pour Israël (…) me paraît reposer sur deux piliers essentiels : le texte des chapitres IX à XI de l’Épître aux Romains et une vision particulière de la mission d’Israël par rapport à, et en face de, celle de l’Église (…) Maritain poursuit : «Il y a une relation supra-humaine d’Israël au monde, comme de l’Église au monde (…) Aux yeux d’un Chrétien qui se souvient que leskippa.gif promesses de Dieu sont sans repentance, Israël continue sa mission sacrée (…) Israël, comme l’Église, est dans le monde et n’est pas du monde ». Ce face à face entre Israël et le monde, et le conflit qui y est inscrit, expliquent l’antisémitisme ; mais le double face à face commun entre Église-Israël et le monde, interdit au Chrétien d’être antisémite (fin de citation d’Yves Chevalier).
   
par Miguel Garroté publié dans : Histoire
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Vendredi 14 septembre 2007
La guerre d’Iran aura-t-elle lieu ?
Miguel Garroté
  
usa_flagg__united_s_217261g-1.jpgDepuis le mardi 11 septembre dernier, l’information ci-après, surgit, une fois encore, dans divers médias. Les USA détiennent une bombe de grande puissance capable d’atteindre des objectifs profondément enfouis sous terre. Une bombe qui peut être utilisée lors de frappes aériennes contre des sites nucléaires iraniens. Quand et pourquoi ? Dans les dix-huit mois à venir, suite à l’échec diplomatique sur le dossier nucléaire iranien.
  
Quelle est, cette fois-ci, la source à l’origine de cette information ? Information sur la guerre d’Iran qui, depuis plus de trois ans, tel un serpent de mer, immerge par-ci puis émerge par-là ? Cette fois, la source, c’est la chaîne de télévision américaine Fox TV. Mardi 11 septembre, elle informe que l’administration Bush étudie les plans de frappes aériennes contre l’Iran.
  
Le lendemain, mercredi 12 septembre, toujours sur Fox TV, le président du Comité de politique sur l’Iran (Iran Policy Commitee), ancien chef d’état-major adjoint de l’US Air Force et général, Monsieur Thomas McInerney, déclare, en substance, que les USA possèdent une nouvelle bombe de 14 tonnes à grande pénétration, qui peut réellement s’infiltrer n’importe où. « Je ne peux pas dévoiler quelle profondeur elle peut atteindre, mais l’Iran ne possède pas d’abri capable de le protéger contre une telle arme », ajoute Thomas McInerney. Le général déclare encore que suite à la décision allemande de s’opposer à plus de sanctions contre de l’Iran, les Etats-Unis n’ont plus le choix. « Ils (les Allemands) nous ont obligés à passer à la phase militaire », précise-t-il encore.
  
Thomas McInerney spécifie qu’à son avis une campagne aérienne de bombardements de grande envergure contre l’Iran est la plus adaptée. Un tel bombardement serait mené par 70 avions construits selon la technologie Stealth ainsi que 400 avions classiques. « Cette campagne aérienne de 48 heures est destinée à atteindre et à détruire les 2500 sites nucléaires et les ouvrages de défense antiaérienne d’Iran, ses forces aériennes et navales, ses missiles de riposte Shahab-3, ainsi que son commandement », précise Thomas McInerney.
  
Le général McInerney préside le Conseil d’experts de l’Iran Policy Commitee dont sont aussi membres l’ex-directeur de la CIA James Woolsey et les anciens secrétaires d’Etat adjoints William Nitze et Richard Schiffer. Les commentaires de M. McInerney font suite à la diffusion par la chaîne Fox mardi 11 septembre d’une information selon laquelle l’administration Bush étudie les plans d’éventuelles frappes aériennes contre l’Iran dans les huit à dix mois à venir. Des plans de frappes aériennes liés à la conviction de Washington que l’Occident subi un échec diplomatique dans ses efforts de règlement du problème nucléaire iranien.
  
Les informations ci-dessus ne sont pas vraiment nouvelles. Les USA modifient actuellement leurs bombardiers B-2 en les équipant de bunker buster bombs (BBB). Le groupe industriel américain Northrop Grumman, avait annoncé, en juillet, qu’il avait reçu le mandat, d’équiper des bombardiers B-2, avec des bunker buster bombs (BBB), c’est à dire avec des bombes capables de traverser des bunkers souterrains en béton avant d’exploser. Le groupe Northrop Grumman a débuté l’installation de BBB sur des B-2 le 1er juin dernier. L’installation de BBB sur des B-2 s’effectue à la demande de l’Air Force Aeronautical Systems Center, de la base de Wright Patterson, dans l’Ohio.
  
Les BBB sont guidées par un système GPS – appelé Massive Ordnance Penetrator (MOP) – système développé par le groupe aéronautique américain Boeing, une information confirmée par Dave Mazur, vice-président chez Northrop Grumman. Toutes ces informations ont par ailleurs été détaillées par Kenneth Timmerman, spécialiste de l’Iran chez NewsMax. Enfin, elles ont été confirmées par les investigations de Space War le 20 juillet dernier.
  
Cela dit, l’Iran Policy Commitee ne décide évidemment pas lui-même en matière denimitz2.jpg frappes aériennes. Le seul fait qui, en la matière, est devenu une certitude, c’est que les USA mettent en place, les éléments concrets nécessaires, à une éventuelle intervention, contre l’arsenal nucléaire et militaire iranien.
  

par Miguel Garroté publié dans : Iran
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