Le cache-cache dans la
montagne,
nouveau jeu des fourmis iraniennes avec
l’AIEA
On connaissait les fourmis irakiennes du Baas, si malicieuses à toujours balader les inspecteurs de l’ONU. On
oubliait que leurs voisines, les fourmis iraniennes, sont tout aussi industrieuses et qu’elles travaillent même à toute allure! Moins médiatisées, on les découvre pourtant remarquables grâce aux
images d’un document de l’ISIS (The Institute for Science and International Security). Elles semblent vraiment aussi joueuses que leurs cousines.
Dans un rapport envoyé à diverses rédactions le 9 juillet, David Albright et Paul Brannan présentent des
photos satellites datant du 11 juin. Elles indiquent que l’Iran construit à deux kilomètres de Natanz. Le chantier est récent. Aucune route n’était
visible, ni sur les images de DigitalGlobe prises en janvier 2007 ni sur celles de Google Earth fin 2006 (figure 1). Gravissant la montagne, deux routes en construction peuvent être clairement distinguées (figures 2, 3, 4, 5). Les nouvelles routes viennent mourir devant la montagne. Des camions
attendent.
Figure 1. Ci-dessous, cette image de Google Earth antérieure au début 2007 se concentre sur l’élévation de la zone montagneuse
au sud du site d’enrichissement de Natanz(à droite). Les nouvelles routes sont en pointillé.
Figure 2. Nouvelle construction au sud de l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, dans une
montagne adjacente. Les deux routes menant dans la zone montagneuse (plis sombres) sont toutes deux à moins d’un mile et demi de la barrière de sécurité sud du complexe de Natanz. Les activités
sont compatibles avec la construction d’un complexe tunnelier dans la montagne adjacente.
Figure 3. L’activité de construction semble liée au creusement d’un complexe de tunnels. Dépôts de
terre et de roches (soil and rock dumps) sont identifiables. Les entrées de tunnel ne sont pas visibles, mais elles pourraient être (possible tunnel entrance) en bout de route ou près de la fin
de route, dans la partie supérieure gauche de l’image. Une zone (storage area) apparemment sécurisée est visible, adjacente à la route aussitôt après le premier ensemble d’immeubles de
soutien(hébergement…). Elle pourrait abriter des explosifs puissants utilisés pour creuser le tunnel.
Figure 4. La construction de cette nouvelle route pourrait servir à construire une seconde entrée de tunnel. Le complexe de tunnels dans une montagne adjacente au dispositif de conversion
d’uranium des installations d’Esfahan possède de multiples entrées.
En cas de frappes, cela permettrait de se retrancher dans deux tunnels souterrains reliant Natanz à la sécurité du cœur d’une montagne.
Cela rendrait en effet impuissante toute frappe militaire tandis que les matières et l’équipement pour l’enrichissement pourraient aisément être déplacés et stockés ailleurs dans l’éventualité
d’une attaque.
L’Iran a déjà construit un complexe de tunnels près de l’usine de conversion d’uranium d’Esfahan pour protéger divers équipements liés au nucléaire, de l’uranium naturel et de l’hexafluoride d’uranium. Elle peut faire de même ici, craignant que
les halls souterrains de Natanz soient vulnérables à une attaque militaire. Cette nouvelle installation serait idéale pour stocker sans risque des articles nucléaires, y compris la fabrication de
centrifugeuses, des composants de centrifugeuse, l'uranium naturel et l'uranium à bas taux d’enrichissement. D’après l’ISIS il existe une autre possibilité, mais bien moindre. Il est théoriquement possible de se servir des tunnels afin d’entreposer les
centrifugeuses utilisées dans l’enrichissement de l’uranium. Les centrifugeuses existantes de Natanz se trouvent déjà dans des constructions massivement fortifiées et partiellement enterrées.
Le Directeur Général de l’AIEA, Mohamed El Baradei a pour sa part exprimé sa satisfaction de constater sur place, avec ses
inspecteurs, un ralentissement dans la mise en oeuvre de nouvelles cascades de centrifugeuses. Pourtant, dans un entretien sur le site Web du CFR, Gary Samore, spécialiste du nucléaire nord-coréen,
commente les propos d’El Baradei, en conseillant d’éviter l’optimisme excessif. Selon lui il est évident que l’Iran a des problèmes avec la technique, mais pas pour l’installation des centrifugeuses, pour leur fonctionnement à haute vitesse. Il explique que si les Iraniens ont des
difficultés avec les machines, il y a une raison de ralentir l'installation : comprendre et régler les problèmes techniques. Cela n’aurait aucun sens de mettre ces machines en place et de
les faire tourner si elles devaient casser. L’Iran peut donc avoir un intérêt à ralentir le processus d’installation pour des raisons purement techniques…qui rejoignent son souci de persuader le
conseil de sécurité qu’il est inutile de la sanctionner par des résolutions supplémentaires.
Le croirez-vous? En avril, l’Iran s’est retirée unilatéralement d’un traité international qui lui aurait imposé de
révéler publiquement les plans de conception pour n'importe quelle nouvelle construction concernant le nucléaire. Il n’y a peut-être aucun rapport avec les infos récentes.
Si l’Iran voulait que l’Ouest croie ce qu’elle dit, que le programme nucléaire est strictement civil et
sans but militaire, on pourrait penser que ses autorités cesseraient cette manière de faire, et qu’ils feraient tout ce qui est en leur possible pour prouver leur point de vue et empêcher une
alliance entre les USA et les Nations Unies.
En étant prise la main dans le sac dans le genre d’activités que rapporte l’ISIS, l’Iran ne semble pas vouloir agir de la sorte. Elle fait juste l’opposé.
la version originale ici
NB: les termes de "fourmis iraniennes" ne visent pas les Iraniens sans distinction. Il désigne uniquement les individus à l'oeuvre sur les photos satellites, et bien sûr par extension les proches
du régime.
adamastor pr drzz
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